mardi 5 janvier 2010

Patxika

J'avais fait sa connaissance un peu par hasard... un soir de pluie.
Elle venait de me rejoindre sous cet arrêt de bus en tôle ondulé de forme mi-sphérique, au bord de la route.
Les gouttelettes d'eau ruisselaient sur sa longue chevelure poil de carotte et certaines se hasardaient même par défi entre les tâches de rousseur de son visage.
Je lui ai tendu, sans oser lui parler, un mouchoir en papier afin qu'elle soit soulagée de ces désagréments météorologiques.
Elle l'a accepté en silence et nous avons chacun continué à regarder le bout de nos pieds patauger dans le sable détrempé.
Une 2 cv estafette a surgi peu après de la nuit pyrénéenne et a stoppé devant nous, en évitant l'énorme flaque d'eau.
"-Monte vite Patxika... avant de prendre froid...".
La jeune fille a vite obtempéré, sans se faire prier car elle tremblait en tous sens comme un peuplier soumis aux bourrasques du mistral.
Elle a rejoint son grand-père sur la banquette avant et juste avant de refermer la porte m'a envoyé un discret sourire.
Je l'ai croisé par hasard quelques mois plus tard, en milieu d'après-midi, à Itxassou, sur la place du village à l'occasion de la Fête de la cerise.
Elle revenait en ce jour de Pentecôte de la statue de la Vierge du Mont Urzumu tandis que moi, une nouvelle fois, avec mes cousins Clovis et Mérovée chez qui je passais la journée, je partais à un de mes endroits préférés situé à quelques kilomètres : le défilé du Pas de Roland, sur les traces de Roland de Roncevaux.
Nous nous reconnûmes presque instantanément...

lundi 4 janvier 2010

2010


Bonne année à vous (avec un peu de retard...)

Ad astra

C'est sur cette petite colline verte juste en face de l'océan, que Clothilde aimait tant, que nous avons accompli sa dernière volonté hier matin...
J'ai longuement abordé le sujet avec Théophile ces derniers jours.
Mais il a tenu à le faire.
Ouvrir l'urne... et disperser au vent fort... l'âme de celle qui a lui donné la vie...
Et dans un dernier geste, ô combien symbolique, briser cette urne du chagrin contre les roches pyrénéènnes...
Une page est tournée... et je ne souhaite plus jamais en parler... d'avance merci...

jeudi 31 décembre 2009

Clothilde






Adieu... toi que nous avons tant aimé... et que nous n'oublierons jamais...

Théophile et moi...

mercredi 30 décembre 2009

Vacances

Je flemmarde..

Je lézarde...
Je profite pleinement de ces quelques jours de congés..
... pour oublier le gris qui m'habite et penser à ce genre de jolies choses... que j'aime à caresser sous la couette...

mardi 29 décembre 2009

Pour la vie... malgré tout... je suis

Le tag de Jeanne

1) Pour ou contre la peine de mort ? Et surtout pourquoi ou pour qui ?
Je suis pour... son application pour tous les criminels... à ceux qui ont ôté la vie à des personnes n'ayant rien demandé...

Je sais que cela peut paraître un peu désuet comme prise de position... mais c'est la mienne.

Ayant été confronté à la chose plusieurs fois dans ma vie, je considère cela comme un juste châtiment... qui hélas ne pourra pas ramener la personne perdue... mais au moins toute récidive n'interviendra pas...

Enfin, bien entendu, il est nécessaire que cet ultime peine ne doit intervenir qu'au terme d'un procès juste et complet pour qu'aucun doute ne subsiste jamais...


2/ A quoi vous fait penser le mot "citron" ?
A la chanson de Gainsbourg, en duo avec sa fille.... : "Lemon Incest"....

"un zeste de citron...... "...

Je vous l'accorde la chanson est spéciale... et pas dans mes favorites... mais citron = cete mélodie.


3/ Plutôt lit douillet ou sable brûlant ?
Les 2... le lit l'hiver... et le sable.. l'été... sur une plage déserte... pour vivre mon plein amour avec elle...

4/ Quelle est la dernière occasion pour laquelle votre cœur a battu VRAIMENT fort ?
Voici quelques semaines... elle seule sait où... et quand... mais quelle journée merveilleuse.. nous 2... se retrouver et vivre à nouveau... comme avant...


5/ Un génie vous offre un unique souhait : lequel choisireriez-vous ?

Avoir 20 ans de moins et vivre avec elle... afin de rien briser de nos vies actuelles.


6/ Le coup de foudre existe-t-il ?
Oui...

7/ Qui a la voix la plus sexy que vous ayez jamais entendue ?

Je ne sais pas à vrai dire... chaque voix dégage une émotion particulière, un attrait bien à elle... mais de là à lui imputer l'étiquette de sexy... non...!


8/ "La religion est l'opium du peuple" ou "la religion assure le salut de mon âme" ?
La religion ne m'intéresse pas...

9/ "Définir, c'est supprimer" ?

Réfléchir à tout cela en ce moment.. je n'y arrive pas à vrai dire... et je n'ai pas envie... et puis je n'aime pas les sciences exactes...


10/ Qu'évoque pour vous l'équipe de France de football ?

Un club de nantis... qui courent après un ballon... Je l'ai déjà dit, je préfère le rugby, plus spectaculaire.


Tous ceux qui le souhaitent peuvent à leur tour se livrer, car une fois n'est pas coutume, je ne choisirai personne.

lundi 28 décembre 2009

Charlotte, Carla ou Marie-Agnès...



Non... je vous rassure... je ne les connais pas...

Il ne s'agit pas de ma soeur et de ses amies en pleine exhibition artistique...
mais bien plutôt d'oeuvres artistiques étonnantes de Daniel Firman... à (re) découvrir (tout comme ces dessous forts appétissants...)...

jeudi 24 décembre 2009

By moi Charlemagnet

J'étais si bien au chaud ce 29 février 1972... mais visiblement j'avais mieux à faire désormais... affronter le monde extérieur et sortir de ces limbes...
Alors avec mes petites quenottes, mises en pointe au dessus de ma tête... j'ai plongé vers la sortie...
Et en quelques minutes... l'affaire a été rondement menée.
Le cordon ombilical me gênait un peu car il était entortillé autour de ma cheville mais ceci n'a été qu'une mince affaire à régler... hop là...

Quel aveuglement ces sept premières secondes... certes le soleil de février n'était pas des plus réchauffants mais l'éclat du ciel bleu m'a littéralement subjugué... moi qui jusque là était plutôt habitué à l'étroitesse liquide du ventre maternel et aux glougloux incessants, le changement était radical.
Plus de bruits ces premiers instants.. que le silence... vite interrompu par les cris de la sage-femme... "mais il est tout bleu cet enfant... il ne respire plus... vitee.....".
Bah quoi...? je n'avais pas le droit de tester mes aptitudes à l'apnée... pfiouuu.... cela commençait bien... à peine né... et déjà soumis aux mauvais traitements... tout cela à cause d'un jeu... certes puéril je vous l'accorde... mais bon... j'avais l'âge requis...
Bing... bang... attrapé par un pied et suspendu tel un poulet au dessus de la table des opérations... mon postérieur a vite dégusté... et du coup... bah... j'ai honte de l'avouer... et bien... gloupsss.... j'ai pleuré...

Bien évidemment, 7 minutes plus tard... tout cela allait nettement mieux... j'étais choyé, câliné, nettoyé et langé...
"Regardez... il sourit... ohhhh... qu'il est adorable cet enfant... et ce sourire... il va en faire tourner des têtes... cela est certain..." fut la première des phrases enfin avouées sur mon compte tandis que je regardais tous ces visages, souvent ridés et dentiérisés, penchés au dessus de mon berceau... alors que j'essayais d'attraper mon pouce... et de dormir un peu...


Et pendant 7 jours, entre les tétées et les toilettes intimes, les visites incessantes autour de ma petite personne ne furent pas de tout repos...
"-OOhhh... là... vous avez vu... ce rictus... tout son grand-père...
- Et ces oreilles... rooo.... heureusement qu'il ne comprend pas... mais vous ne trouvez pas que... enfin bon... qu'elles sont un peu trop ...
- Quel joli poupon... j'adoreee ces grosses joues... on dirait un peu... enfin.... si... je n'ai pas peur de le dire... un petit porcelet...
- Pas tant que ça... car il n'a pas la queue en tire-bouchons... ça non... je l'ai vu... et bien...".

Et patati et patata... incroyable... tous ces mots... que j'ai entendus sur mon compte durant cette période hospitalière...
Une fois à la maison... cela a été nettement plus calme...

Premier enfant d'une série de... 2... j'ai passé mes 7 belles premières années d'une manière paradisiaque.
Aucun soucis... jamais... une petite enfance de rêve...
Choyé mais pas gâté ou pourri... juste ce qu'il faut... pour que je comprenne que la vie comportait des droits mais aussi des obligations.
Et puis... je me souviens... j'adorais 2 moments forts à cette époque là... enfin 3... c'est vrai...
Très rapprochés dans le calendrier...
Le 1er de ces moments c'était Nöel... la magie de l'attente... et de la découverte au petit matin du 25 décembre... des cadeaux qu'il m'avait apportés...
Le 2nd moment, quelques semaines plus tard... la galette des rois... et qui allait sous la table...? et qui voyait un tas de choses forts intéressantes... ? je vous le donne en mille... et bien c'est moi Charles... et j'en ai vu des choses alors interdites... comme ces belles jambes nues qui se déployaient innocemment devant mon nez... ou ces minis-jupes fort peu farouches qui ne cachaient plus guère le secret éternel des femmes ... ou bien encore ces mains entre personnes officiellement étrangères... qui se cherchaient et se trouvaient...
J'ai vu mais n'ai jamais rien dit... aux autres... ce qui m'a permis d'en savoir plus que d'aucuns... et surtout d'arrondir mes fins de mois aussi quelquefois...
Et le dernier moment... mon anniversaire... pour tous les cadeaux... encore... sauf que ... tous les 4 ans... pour de vrai... c'était un peu injuste...

Et puis... ce soir-là... à 7 ans... 7 heures et 7 secondes... la révélation...
J'ai capté son regard après avoir été apostrophé par son allure... et j'ai décidé de grandir... vite...
Caché derrière la porte du salon... je lui ai demandé si elle voulait bien être ma princesse... pour toute ma vie... tandis que les adultes finissaient le champagne...
Ce premier baiser... quel souvenir impérissable... waouhhh... nos lèvres se sont rapprochées... petit à petit... sans peur et sans reproches... et on l'a fait... hummm...
Et main dans la main, on a rejoint la tablée en claironnant à la ronde... que nous étions désormais fiancés... au grand désespoir d'ailleurs de ma soeur Carla... qui perdait là... une copine pour jouer à la dînette ce soir-là...


A 17 ans, cette histoire de première fois sur la bouche et sans la langue... était bien loin désormais...
J'avais bien grandi depuis 10 ans... et j'attirais désormais le regard des filles du lycées... et aussi quelquefois de leurs mères...
Et ce n'est pas moi qui ai cherché les histoires... non... mais bien plutôt elles... dont les mains traînaient quelquefois...
"-Oui Charles... vous pouvez passer voir Charlotte... en fin de matinée..."
était une des phrases-pièges téléphoniques.
"-Bonjour Madame... c'est moi Charles...

- Je vous en prie... montez...".

Et bien souvent point de Charlotte ou de Marie... toujours occupées à l'extérieur... mais que leurs mères... seules... et que je devais, "si cela ne me dérangeait pas", aider à changer une ampoule ("tenez-moi bien surtout Charles... n'ayez pas honte... oui aux hanches... je n'ai pas envie de tomber du tabouret.."), à descendre un meuble dans la cave mal éclairée ("ouhhhh que je n'aime pas ces lieux sinistres... où l'on se sent comme une pauvre femme seule sans défense".) ... ou à plier à la hâte les draps tout juste sortis du sèche-linge... ("quelle vigueur pour votre âge Charles."... ou "j'aime beaucoup vos doigts fins...").
Quelle belle initiation j'ai eue... à la sensualité... vraiment... je ne regrette pas... ceci juste avant mon départ pour Paris... et le logis de ma douce Bertille...


Finalement la vie parisienne me convenait fort bien. Déjà presque 10 années à poursuivre mes études, à faire mes premiers stages et papiers... et à vivre mes premières sérieuses histoires d'amour... comme celle avec Estelle...
Mais à 27 ans... toujours pas marié.. ni fiancé... ni père... rien... je papillonnais...
Bien entendu, il y eut Bertille... celle qui m'a fait découvrir la beauté de ce monde magique des sens... celle avec laquelle j'ai vécu de si beaux moments...
Mais Bertille savait bien que je devais aussi poursuivre mon propre chemin... que celui officieux où nous marchions côte à côte.
Alors lorsqu'elle a senti qu'elle devait être moins présente, et que certaines de mes amies pouvaient et devaient la remplacer... elle a trouvé un échappatoire et multiplié les voyages à l'étranger.
Cela a été dur pour moi au début... mais bien vite j'ai été happé par la féminité qui prenait d'autres traits, d'autres sourires ou d'autres formes...
Bertille apparaissait de temps à autre... et quelquefois je lui confiais mes peines ou tourments...
J'avais grandi, mûri durant cette décennie... et franchement j'étais heureux comme ça... tout simplement...
Je passais de branche en branche.. sans exagérer... et toujours avec respect... et puis je prenais plaisir à travailler... à écrire... à rencontrer des gens... à sortir... à aimer...

Puis... les années noires si l'on peut dire... car si jusqu'à présent les fées avaient toujours veillé sur moi... à un moment donné, je suis sûr que ces dernières ont dû s'éclipser... pour que je sois tant confronté à la dureté de la vie.
Pas professionnelle car de ce côté-là, tout marchait bien... j'allais souvent à cette époque à l'étranger.... et la découverte d'autres cultures, lieux ou personnes était extraordinaire.
Mais plutôt personnelle... avec les proches que j'ai perdu... :
Ma grand-mère en 1er lieu... peu après mes 27 ans... et à laquelle j'étais tant attachée... la femme de ma vie je crois...
Et également ce drame, en 2004, lors du tsunami.... et Caroline emmenée à jamais dans les flots tumultueux...
Ou mes séparations avec Clothilde... la mère de Théophile.. et Luana... un véritable cauchemar...
Alors cette période de 27 à 37 ans... je la déteste... j'ai tant envie de la broyer et de l'annihiler à tout jamais... grrrr..... mais elle est.. et fait partie de moi... alors je la garde tout au fond de moi... et je m'en approche le moins possible...


Néanmoins si j'ai des cicatrices... la naissance de mon fils a été la plus belle des choses qui me soit arrivée... ce fil conducteur qui m'a permis, à plusieurs reprises, de ne jamais sombrer définitivement..
Car lui était là désormais... et avait besoin d'un père pour lui montrer la voie... lui apprendre des tas de choses comme construire un petit moulin au bord de l'eau avec des brindilles... ou retrouver son chemin dans un bois grâce à l'écorce des arbres... avant qu'un jour... appelé par son destin... il n'entrouvre définitivement mes bras... telle la porte d'une "cage "... pour prendre son envol...
Ce soleil qu'est Théophile... m'a donc rejoint l'année de mes 37 ans... il a quitté Biarritz et sa mère... hospitalisée pour une maladie incurable à Paris... et il a donné un nouveau sens à ma vie.
Celui des responsabilités sans doute.
Tous les 2 seuls, souvent, dans cette grande ville du Sud, car Bertille n'était pas toujours là, nous avons pris nos vies en main. Et nous nous sommes débrouillés..
Sans femmes...
Et en hommes...
Et ce duo inédit de carolingien a vécu de belles heures.. d'abord un peu déboussolés suite à l'envol définitif de Clothilde...
Puis à son rythme... nonchalant et serein... et un peu coupés du monde... volontairement... car nous avons abandonné à cette époque ces produits" inutiles qui nous polluent la vie et que sont les radio, télé ou internet...


A 47 ans, j'étais désormais seul dans ma vie.
Théophile étudiait à Paris et profitait d'un petit studio prêtée par Blanche, la fille de Bertille.
Il rentrait tous les weeks-ends au début, et puis comme moi, il a pris ses marques et peu à peu je l'ai moins vu.
Quant à ma douce Bertille, elle aussi était partie dans cet endroit inaccessible aux vivants... un matin de printemps ensoleillé.
Nous étions tous les 2 dans cette bastide en bord de mer... et elle a pris son vélo pour aller faire quelques courses rapides. Malheureusement sa route a rencontré celle d'un jeune chauffard mineur, au volant d'un véhicule volé, et sans permis, et...
Quelques jours plus tard, nous avons éparpillé ses cendres sur la crête de cette colline, située sur les hauteurs de Cassis, la couronne de Charlemagne, qu'elle aimait tant...
Je ne me suis jamais remis de son décès... en quelques jours... mes cheveux bruns ont pris leur teinte poivre et sel... j'ai perdu de nombreux kilos... et j'ai fait un séjour tout l'été dans une clinique spécialisée...
Blanche m'a ensuite pris en charge mais j'étais trop troublée par son regard et les expressions de son visage... dans lesquels je percevais si souvent les traits de Bertille...
Alors j'ai quitté la France... définitivement...


"-Papa... s'il te plaît... tu peux me prendre sur tes épaules pour que je vois mieux le feu d'artifice...
- Non moi... s'il te plait...".
Que voulez-vous... il n'y a pas d'âge pour être père... et bien oui... tel était mon cas à 55 ans passés... et j'avais désormais 2 jolies petites filles...
Vous allez dire que j'exagère sans doute.. que je cultive le passé... ou que je me moque du monde... mais non ... j'ai toujours tout raconté à ma nouvelle compagne... une américaine trentenaire de la côte est... blonde comme les blés...
Et Jude n'a rien trouvé à redire lorsque j'ai proposé les futurs prénoms de mes jumelles: Bertille et Estelle.
Comme celles qui ont traversé ma vie et laissé leurs empreintes dans mon âme...
Nous ne voulions pas d'enfant à vrai dire... car nos vies aux 4 coins de la planète nous satisfaisaient pleinement, et nous laissaient peu de temps... objectivement... pour profiter pleinement de New-York et de notre nid.
Mais la nature en a décidé autrement... et Jude a tenu à conserver le fruit de ses amours avec son "french lover" ... comme elle aimait tant et constamment à m'appeler...
Que ce soit en privé, entre la cuisine et la salle de bains ("Hey Charl's... my french lover... come on... babe... i miss you so much" )... ou en public ("Hello man... it's Jude.. I want to speak to my french lover..") dans les locaux du journal où je bossais alors...


Dans cette salle bondée de monde, j'attendais patiemment derrière le rideau rouge sur l'estrade que le speaker terminât son discours.
Je recevais de façon inattendue le fameux prix Pulitzer pour un de mes derniers livres rédigés juste avant que je ne prenne ma retraite. A 67 ans.
Il avait suffit d'un hasard pour que je sois là au bon endroit au bon moment.
Dans un des ascenseurs des Nations-Unies avec la directrice de l'Agence Aérospatiale Mondiale (W.A.A), qui cherchait à l'époque à relancer la conquête de l'espace et avait besoin pour cela de fonds financiers très importants.
Alors à l'instar de Charles Conrad et Charles Duke, j'ai pu réaliser un de mes plus vieux rêves d'enfant : aller dans l'espace durant 67 jours et marcher sur la Lune... seul face aux caméras du monde entier.
Waouhhh.... voir de là et à mon âge... notre vieille planète bleue... était magique...
J'ai repensé à tous ces moments passés depuis mon enfance sur Terre... c'était donc cela ma prison dorée...
Jude m'a accompagné sur scène... car j'y tenais absolument... en me tenant la main... tandis que Théophile, Bertille et Estelle maîtrisaient difficilement leurs larmes de joie depuis le 3ème rang du Canergie Hall.
Ces derniers temps je me sens de moins en moins bien. Je n'ai rien dit à personne mais chaque matin à mon réveil je sais que les forces me quittent peu à peu.
J'ai dernièrement passé un ckeck-up complet suite à mon malaise en pleine séance de dédicaces de mon livre consacré à mes aïeux.
Les médecins m'ont examiné sous toutes les coutures mais n'ont rien trouvé.
Mais moi je sens bien que la grande faucheuse est là... pas très loin... à me regarder de son air hautain dans ce petit recoin, invisible...
Pfff... tout est passé si vite... j'ai à peine 77 ans... les cheveux blancs et ma route arrive désormais à son terme...
Il n'y a que mon fidèle bouledogue, mon vieux Cooper, qui sent que la mort me tourne autour inlassablement et vient donc se coller à moi en grognant contre elle...
"Charl's... Cooper devient méchant... il montre les dents... fais attention..." me dit souvent Jude.
Ce à quoi je réponds...
"- Mais non.. mais non... il veille sur moi et chasse les mauvaises ondes qui me tournent autour...
- So crazy you are... darling..."...
Et voilà on me prend pour un fou... moi Charles Magnet... mais je suis sain d'esprit... encore... non mais...
Alors c'est décidé...
Je finis d'écrire ces quelques brèves lignes sur ma destinée, comme l'ont fait avant moi tous les pères de mon père... afin de laisser une petite trace de mon passage à la postérité... et je fermerai définitivement les volets.
Tout est en ordre dans ma vie... mon sac est prêt... alors c'est décidé...
Comme les éléphants, je vais prendre mon chemin et aller là-bàs... à cet endroit que moi seul connait...
La route sera longue mais j'ai encore assez de forces pour atteindre mon but ultime...
Je vous embrasse tous.
Je vous aime...
Adieu...
Charles Magnet
(29-02-1972/..?.-..?--2049..?)

mercredi 23 décembre 2009

77 ans

Juin 2049, la chaleur est éprouvante ce soir sur la terrasse et la tombée de la nuit n’a pas adoucit la température. La mer est d’huile, quelques nageurs s’y hasardent malgré l’interdiction de s’y baigner pour cause de pollution.
La villa est calme, plongée dans la pénombre, Sirocco le matou de la maison vient se lover tout contre Charles, ce persan, cadeau de feu Bertille ne le quitte plus depuis son décès brutal. Bertille a été emportée par la grippe du canard fou durant l’hiver et Charles a bien du mal à cacher son chagrin. Il faudra pourtant qu’il fasse des efforts car demain lundi, il part pour Paris, mardi matin, Louis Sarkozy, Président de l’Etat Français, va lui remettre le prix du meilleur photographe reporter, pour une série de clichés qu’il avait pris lors d’un terrible attentat perpétré contre son père Nicolas en 2019, alors qu’il se déplaçait en Afghanistan.
Charles faisait partie, à l’époque, de la délégation Française et devait couvrir l’évènement pour un nouveau journal dont il était le patron. Il sera également récompensé pour une série de clichés « déclin de la belle bleue » pris en commun avec Yann Arthus Bertrand quelques mois plus tard….. celui-ci recevra un prix à titre posthume.
Ce matin Aliénor l’a aidé à préparer ses bagages, et Barak, le robot domestique a nettoyé la maison, Charles ne compte pas s’absenter longtemps mais il aime que les choses soient en ordre, « à mon âge, on ne sait pas ce qu’il peut se passer » dit-il toujours. Aliénor est arrivée le jour du décès de sa mère, elle n’est pas repartie depuis, elle ne pouvait se résoudre à laisser Charles seul face à son chagrin. Demain ils voyageront ensemble et cette fois Aliénor restera à Paris où l’attend son mari.
Mardi ne sera pas un jour comme un autre et pourtant Charles n’est pas stressé, il se sent à peine concerné et si peu honoré de recevoir ce prix pour une mission qui date de plus de 30 ans déjà !!! Seul le souvenir de Chemsa persiste et de terribles images lui reviennent à l’esprit.
Il l’avait rencontrée lors d’un de ces reportages en Afghanistan, elle habitait un petit village à une centaine de kilomètres de Kaboul. Il faisait une chaleur torride ce jour là et Chemsa tentait tant bien que mal de récupérer le peu d’eau qu’il restait au fond d’un puits. Charles l’avait tout de suite aidée et senti son cœur battre en croisant son regard caché sous son voile noir. L’attirance était réciproque et ils s’étaient aimés la nuit suivante, puis la nuit d’après….
Chemsa courait un terrible danger en s’acoquinant à un étranger, Charles le savait et ils étaient prudents. A chaque voyage ils se retrouvaient et Chemsa l’attendait. Charles était amoureux fou et avait décidé de la ramener sur le sol Français, il passait un temps interminable à l’ambassade pour préparer les papiers et il profita de son voyage à bord de l’avion présidentiel pour en toucher deux mots à Nicolas qui subjugué par cette belle histoire mandata Carla pour tout régler. C’est décidé, Chemsa rentrerait avec eux... mais Chemsa n’eut pas cette chance, démasquée par un groupe de Talibans elle fut lapidée en place publique et Charles arriva pour la mettre en terre. Ce fut un choc terrible, et Charles eu beaucoup de mal à s’en remettre, heureusement comme toujours Bertille était là….
Charles essaie bien vite de chasser ce mauvais souvenir, ne voulant conserver que le doux regard de Chemsa ….. Sirocco miaule de plus belle, l’assiette à croquettes est vide car Barak n’est pas programmé pour nourrir le chat !!!
A l’heure où il regarde les jeunes s’ébattre dans les vagues de la plage du Port Vieux, Théophile est dans l’avion avec sa femme et ses deux fils. Journaliste permanent à New-York, il fait le déplacement exprès pour assister à la remise du prix de Charles. Il est très fier de son père et prépare d’ailleurs un joli discours à son attention. Charles est excité à l’idée de revoir ses petits fils, deux brillants étudiants. L’un étudie à l’université de Columbia et le plus jeune vient d’entrer à Harvard. Il y a un tas de photos qui trônent sur le vieux piano sous la véranda.
Sa fille, Adélaïde, née d’une brève liaison avec une actrice très en vogue dans les années 2015 est elle aussi en route pour Paris, à cette occasion, elle présentera à son père celui qu’elle a choisi pour être son mari. Adélaïde tout comme Théophile est brillante, c’est elle qui ressemble le plus à Charles. Elle est interprète à l’ONU et c’est là qu’elle a rencontré Karl, riche industriel allemand et descendant de Othon de St-Empire avec qui elle s’apprête à convoler. Bien sûr cette nouvelle ne fait pas plaisir à Charles, les souvenirs de Siegfrid chahutant avec Théophile à l’école lui ont laissé un goût amer, mais c’était un autre temps….une époque qui semble si loin maintenant…..
Les furtives rencontres avec Agathe sur les bords de plage, le premier baiser d’Aliénor, les batifolages avec Marie et Sabine, la passion avec Elsa et son fils Charles dont il avait cru un moment être le père…. Puis Caroline qu’il a laissée sur une plage de Pukhet un matin de décembre 2004, Luana qui lui a brisé le cœur en le trahissant, Clothilde la maman de Théophile, puis Angelina la maman d’Adélaïde…. Chemsa et les autres, toutes les autres, celles d’une nuit, d’une semaine, de quelques mois…. La liste est longue et pourtant Charles ce soir se souvient de chacune d’entre elles.
Bertille a tout supporté, et Charles a fini par se calmer…. Le jour de ses 50 ans, il a promis à Bertille fidélité à tout jamais. L’engagement a été respecté, quelques années seulement….. puis Jane a fait irruption dans sa vie, la belle Jane, mannequin de métier, de 20 ans sa cadette…
L’histoire fût belle et mouvementée, intense et courte, comme souvent, mais c’était Charles et on ne pouvait pas le changer.
A l’aube de ses 78 ans Charles a encore plein de projets. En septembre il passera quelques mois chez son fils à New York, il a là bas de vieux amis qui l’attendent puis en juillet, ça sera le mariage d’Adélaïde, dur moment à passer mais il s’adaptera…. Il s’est toujours adapté.
Il écrit de temps en temps des articles pour des journaux, il fréquente parfois les soirées mondaines, mais il commence à fatiguer, même si physiquement il ne fait pas son âge. Les pilules de DHEA qu’il avale chaque matin sont efficaces, Charles a encore une peau de Bébé, le viagra triple effet l’aide à assumer mais depuis le départ de Bertille, les pilules s’entassent dans le tiroir de la table de nuit.
Mardi matin, en marge de la cérémonie pour la remise de son prix, il a promis à ses amis de se dévoiler, il a promis de se montrer tel qu’il était, plus de mensonges, plus de fiction mélangée à la réalité, cette promesse datait de décembre 2009 et cette fois il ne pourra pas reculer. Mardi, Sco, Virginie, Victoria, Maia Luana, Ysa et Jack seront là, au premier rang pour le féliciter…. Toute la petite troupe est déjà à Paris en train de ripailler. Ah ils ne sont plus de la première fraîcheur eux non plus….et c’est certainement la dernière fois qu’ils se voient ils en sont conscients et comptent bien en profiter. Connaître enfin le vrai Charles, c’est important pour eux, ils ont attendu si longtemps…..
Il faisait chaud ce soir là dans la villa de Biarritz….Sirroco s’était endormi, seule l’ombre de Bertille enveloppait la pièce feutrée et Charles se sentait bien fatigué……
By Ysa